Ce que les friches urbaines disent de nous

Ici une ancienne gare de charbon reconvertie en scène musicale alternative, là une usine à chaudières s’apprêtant à devenir fabrique de cultures… Partout on s’extasie et, puisque la friche est à la mode, on se met même à en «créer». Paradoxe révélateur pour ces «délaissés urbains» longtemps restés dans l’angle mort de la ville.


Si la mise en culture des friches industrielles n’a rien de très novateur, comme le rappelle avec justesse Fazette Bordage, fondatrice du Confort moderne et de Mains d’œuvres dans une interview récente pour Télérama, nous enjoignant à tempérer notre enthousiasme et à relativiser la nouveauté du phénomène, on peut néanmoins avancer que ces dernières années ont marqué le paroxysme de l’intérêt du grand public pour ces lieux en marge. Au-delà du festif, du convivial, de l’expérience alternative qu’ils nous promettent, l’attirance que génèrent ces lieux mérite d’être questionnée plus largement: comment expliquer cette fascination? Que venons-nous chercher ici et là? Ces détours nous mèneront dans la grande polysémie des représentants esthétiques de la friche, au cœur du balancier de la ruine et du vide.

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